Sentinelles des Forêts
Semaine 2 _ Que de galères
Je commence la semaine avec une journée complète au Collège de la Marquisane à Toulon. Cela fait quelques temps que je travaille avec les classes de SEGPA de 4ème, avec comme support le cadre en bois du vélo. Cette fois-ci je vois une dizaine de classes du collège qui se regroupent autour de mon vélo et de mon matériel. Matériel, environnement, bivouac, etc sont les sujets abordés ensemble pour essayer de comprendre ce projet et son objectif.
En parlant de bivouac, j’ai décidé de partir sans tente pour cette aventure. Afin de mettre de l’aventure dans l’aventure, je n’emporte avec moi qu’un hamac et un tarp (une bâche légère qui me protège de la pluie). Ça peut paraitre un détail, mais ça fait une énorme différence. Plutôt que d’être dans un espace clos « à l’abri » du monde extérieur, je suis constamment dehors, même la nuit. Ce paramètre a d’ailleurs été le sujet de doutes et d’incertitudes face à ce nouveau périple.
Avant de repartir de Toulon, il me reste quelques détails techniques à régler sur mon vélo. L’attente d’une pièce plutôt importante (les roulements de ma roue avant) retarde mon départ d’un jour et me fait reprendre la route le mercredi midi. Un jour peut sembler négligeable, mais je dois être à Bordeaux dans une semaine pour d’autres interventions scolaires et j’ai le Massif Central à traverser. Pendant les journées à venir, je devrai faire plus de 100km au minimum.
Les trois premiers jours de pédalage de la semaine sont assez rudes. J’ai constamment le vent de face, les averses de pluie sont quasi constantes, et pour couronner le tout, après avoir passé Forcalquier, un violent orage éclate exactement sur ma position en hauteur. Des éclairs tombent à moins de 200m de moi et une averse de grêle s’abat violemment sur moi. Je n’ai aucun endroit pour m’abriter, la seule solution est de perdre de l’altitude. Je m’élance alors à toute vitesse à plus de 45km/h, sans prendre le temps de mettre un pantalon de pluie, sous des grêlons de 5mm de diamètre et avec très peu de visibilité. La grêle fouette mes cuisses, mes mains, mon nez et mes oreilles. C’est douloureux mais je suis à peu près certain qu’un éclair serait moins agréable encore. Alors je prends sur moi et continue ma descente folle en direction de Sisteron.
J’arrive dans un village en contrebas après de longues minutes d’incertitude, espérant de pas me prendre un coup de jus, et me mets à l’abri. Évidemment, dès que je suis protégé, l’orage s’arrête.
Je suis trempé, congelé et j’ai la peau rouge à cause de la grêle. Les impacts sur mes cuisses laisseront des marques pendant plus d’une semaine sur ma peau. Encore une bonne histoire à raconter. Heureusement j’ai de quoi être au chaud et au sec dans mon hamac.
Pour continuer dans la lancée, les jours suivants sont tout aussi rudes. Le vent est toujours de face, la pluie ne me laisse pas tranquille, la grêle revient mais cette fois c’est négligeable, et le dénivelé me met à l’épreuve. Le combo vent + dénivelé est un réel plaisir. Être arrêté en descente par le vent donne également une saveur plutôt amère.
Tout ça fait référence à des difficultés face aux éléments. Ces galères, je les redoute mais font partie intégrante de l’aventure et de ce que j’appelle la mise à l’épreuve. En revanche, il est une menace qui a tendance à me rendre dingue : les voitures. Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai failli me faire renverser. Une fois, j’ai même entendu déraper une voiture, qui avait évidemment l’intention de me doubler alors qu’il y avait du monde en face et dans un virage, et terminer sa course à 50cm de ma roue arrière. Il pleuvait à ce moment là, ça aurait pu finir bien différemment. Je ne comprends réellement pas que 2 minutes d’attente soit si difficile à gérer, face à la vie de quelqu’un.
Pour couronner le tout, une accroche de mon porte bagage arrière se décroche, faisant frotter une vis sur une partie de mon cadre en bois. Heureusement je m’en rends compte assez rapidement, les dégâts ne sont pas trop importants. Mon vélo aura une petite cicatrice, un souvenir de cette mise en jambe bien éprouvante mais formatrice.
Les jours suivants de la semaine sont plus cléments. Je commence à augmenter la cadence avec plus de 120km par jour et toujours beaucoup de dénivelé.
Je me rapproche de mon objectif. Je pense même être à temps à Bordeaux. Mais ça, ce sera pour la semaine prochaine.
Lucas.
Distance : 544.1km
Dénivelé positif : 8 043m
TOTAL
Distance : 907.5km
Dénivelé positif : 13 658m